Magie et inscriptions runiques

Dans le Gylfaginning, on dit du dieu Óðinn – le découvreur des runes – : « Hann heitir ok Hangaguð ok Haftaguð », ce qui peut être traduit par « Il est appelé dieu des pendus et dieu des liens ». Les dieux étaient souvent qualifiés des lieurs.

Le lien est ainsi la base de tout rituel, c’est son pouvoir qui crée l’opération magique : en liant deux choses, on les oblige à agir entre elles, l’une sur l’autre ou l’une avec l’autre. On peut ainsi lier une maladie à une force destructrice, détruisant la maladie et amenant de fait la guérison.

Dans le Hávamál – strophe 144 –, Oðinn dit :

Veistu hvé rísta skal ?

Veistu hvé ráða skal ?

Veistu hvé fáa skal ?

Veistu hvé freista skal ?

Veistu hvé biðja skal ?

Veistu hvé blóta skal ?

Veistu hvé senda skal ?

Veistu hvé sóa skal ?

Sais-tu comment il faut tailler ?

Sais-tu comment il faut interpréter ?

Sais-tu comment il faut peindre ?

Sais-tu comment il faut éprouver ?

Sais-tu comment il faut mendier ?

Sais-tu comment il faut sarifier ?

Sais-tu comment il faut dédier ?

Sais-tu comment il faut immoler ?

On comprend alors que la création d’un talisman ou d’un charme runique ne s’improvise pas.

Consacrer le lieu

Il faut donc, comme pour toute opération magique, commencer par consacrer – littéralement, le « rendre sacré » – le lieu où le rituel se déroulera.

On peut ainsi utiliser le rituel de protection consistant à invoquer le dieu Þórr et en lui demandant, dans les six directions (Nord, Sud, Est, Ouest, Haut et Bas), de nettoyer et de protéger le lieu. On peut également utiliser le rituel de l’armure d’Elhaz.

Créer le talisman

Sais-tu comment il faut tailler ?

Il faut choisir le support de votre inscription : papier, cuir, métal ou bois, voire fromage ou corne à boire… Tout est possible, mais l’idée est d’utiliser le support adapté à votre intention.

Ainsi, si vous désirez créer un talisman en rapport avec l’argent, pourquoi ne pas utiliser un morceau de métal de la taille d’une pièce, et pourquoi pas une véritable pièce de monnaie, voire un billet de banque ? Vous voulez influencer tout un groupe, il faut logiquement utiliser un support qui sera exposé aux yeux de tous. Et pour créer une règle de vie, pourquoi ne pas la « graver dans la pierre » ? Pour influencer profondément quelqu’un, on peut aussi graver sur un morceau de fromage… Il est ainsi possible de choisir l’essence de bois, le métal ou une encre de la couleur correspondant à une rune, même si elle ne fait pas partie de votre inscription.

Vous choisirez ensuite l’outil adapté à votre support : encre, burin, couteau, pyrograveur… Il convient que cet outil soit dédié à cette pratique. Lorsqu’une rune est tracée, il est important de prononcer à voix haute, de chanter, son nom tout en visualisant son symbolisme.

Sais-tu comment il faut interpréter ?

Nous allons maintenant aborder la création de l’inscription en elle-même. Les inscriptions runiques à caractère magique sont de trois sortes.

La première consiste en la rédaction d’un texte court : « Myrddin à gravé ces runes », par exemple (bien que le vieux Norrois ou, à défaut, une langue germanique, soit la plus adaptée). Si le talisman est destiné à un usage personnel, on utilisera plutôt des runes cryptées.

La deuxième catégorie d’inscription runique est celle de ce que l’on nomme les runes liées. Elles consistent en l’association de plusieurs runes en un seul caractère afin de créer un « nouveau » caractère.

La troisième catégorie d’inscriptions runiques est constituée par les roues, ou les boucliers. Cette troisième catégorie rejoint la première en ce sens que la roue peut porter une inscription.

Déterminez votre but

La première étape dans la création de votre inscription est de déterminer, avec précision, ce que vous voulez accomplir, non pas seulement en termes de résultat mais aussi en termes de moyens pour atteindre ce résultat.

Cette réflexion, cette recherche, vous permettra de choisir – d’interpréter – les runes nécessaires.

Sélectionnez les symboles

Étudiez attentivement la signification de chaque rune, de chaque symbole que vous pourriez utiliser. Certains seront écartés de façon quasi immédiate, d’autres sembleront devoir absolument faire partie de votre inscription.

Dans tous les cas, il faut toujours prendre le temps de réfléchir à l’utilisation de chacun des symboles afin de déterminer ceux qui pourraient participer à votre action.

Après cette recherche, il va falloir choisir précisément les symboles que vous utiliserez. Si vous en avez trop, peut-être n’avez-vous pas été assez spécifique dans vos réflexions…

Dessinez votre inscription

Vous pouvez donc simplement écrire votre inscription en ligne, comme une phrase, en cercle – en « bouclier » – mais il est nécessaire que cette inscription soit prononçable ; ou alors sous forme de rune liée. Si vous optez pour une rune liée, il faudra associer, assembler les runes.

Choisissez votre fuþark (germanique, islandais, anglo-saxon…) et tracez vos runes en accord avec celui-ci. Contrairement à ce qu’on peut lire çà et là, les symboles peuvent être retournés sans qu’ils ne deviennent « négatifs ».

Analysez votre inscription

Maintenant que votre rune liée est créée, il est conseillé de l’interpréter, donc de l’étudier à la recherche de symboles « cachés » créés par l’assemblage de traits de différents symboles. Ce n’est pas nécessairement une mauvaise chose, mais il est bon d’avoir conscience de leur présence.

Sais-tu comment il faut peindre ?

On peindra, on colorera l’inscription avec un pigment rouge, voire du sang : le sang et la couleur rouge sont un symbole de vie, c’est donc ce qui insuffle l’énergie vitale aux runes gravées.

Inutile toutefois de risquer l’exsanguination, quelques gouttes suffisent.

Sais-tu comment il faut éprouver ?

Il s’agit ici de connecter votre inscription runique avec l’intention et le but de votre opération magique. En vous concentrant profondément, vous devez exprimer à haute voix l’objectif de votre opération. Si, par exemple, le but recherché est d’être protégé durant un voyage, vous devriez prononcer une phrase du genre « Pour la protection pendant le voyage à…». Il est même conseillé dans ce cas d’employer le passé pour les verbes de cette phrase, ce qui donne la force d’un acte accompli. Ceci nous donnerait par exemple « Pour avoir été protégé pendant le voyage à…».

C’est bien votre intention qui sera mise à l’épreuve durant cette action. Il est indispensable que votre volonté soit forte, et votre concentration inébranlable.

Sais-tu comment il faut mendier ?

Il convient également de sacrifier au dieu, à la déesse ou la force naturelle rattaché(e) au talisman, il faut « mendier » son aide.

Les trois étapes suivantes vont renforcer votre demande.

Sais-tu comment il faut sacrifier ?

Il faut faire une offrande à la puissance dont vous demander l’aide. Cette offrande doit être à la mesure de ce que vous demandez mais aussi être un sacrifice : vous devez vous départir de quelque chose d’important pour vous.

Sais-tu comment il faut dédier ?

Il faut maintenant que vous dédiiez votre sacrifice à la puissance que vous avez choisie. Votre offrande doit donc lui « plaire ».

Sais-tu comment il faut immoler ?

Ensuite, il faut détruire votre offrande afin qu’elle appartienne à la puissance à laquelle vous avez dédié votre inscription.

Sacralisation

Cette sacralisation a pour objectif de préserver la pureté du talisman en le séparant du monde profane.

Il conserve ainsi son caractère sacré. Ceci peut se faire de plusieurs manières. On peut, par exemple, l’enterrer dans un lieu consacré, le même lieu que celui du rituel, ou bien l’occulter à l’endroit où le talisman est censé agir.

Pour une malédiction ou une bénédiction, il faut chercher un contact physique entre la personne visée et l’objet. L’idéal serait dans ce cas que la personne le porte sur soi ou l’avale (gravé sur du fromage ou du pain).

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